Postérité

Le Cheikh at-Thaâlibî laissa une descendance se composant de quatre fils (Mohammed Kebir, Mohammed Seghir, Mohammed Abi al-Salihîne et Yahia) et de quatre filles (Fatima, Rûqyyat, Mahdjouba et Aïcha). Tandis que sa fille Aïcha sera enterrée à ses côtés à Alger, la seconde, Fatima, mentionnée aussi sous le nom de Zeyneb, sera ensevelie avec son époux, Sidi Abdelkarim al-Maghîlî (m. 1503), lui-même disciple de Sidi Abderrahmane, dans le sud algérien. Son mausolée porte aujourd’hui le nom de Darîh bint sidi Abderrahmane. Parmi les hommes de religion provenant de sa lignée, nous pouvons citer Sidi Yekhleftin, le petit-fils de Sidi Abderrahmane auprès duquel s’initia le célèbre historien maghrébin al-Tenbeqî, mais aussi Abû Mehdi ‘Issa At-Thaâlibî (m. 1611 à la Mecque), le maghrébin Mohammed El-Hedjwinî At-Thaâlibî (Fès, 1874-1956), le nationaliste tunisien Abdel Aziz At-Thaâlibi (1876-1942) et, enfin, l’imam algérien Mohammed Améziane Toualbi-At-Thaâlibî (1914-1998) et son frère Mohammed Chérif.

Pour ce qui est maintenant de ses disciples, les plus illustres d’entre eux auront sans doute été son gendre le saint d’Adrar Abdelkarim al-Maghîlî (m. 1503), le mystique et poète de Bab El Oued Abdullah al-Zwâwî (m. 1479), le grand Cheikh soufi Ahmed Zarrouq (m.1493), les deux célèbres théologiens de Tlemcen Mohammed al-Sunûsî (m. 1489) et Ibn Marzûq al-Kafîf (m. 1495),  le mufti de Biskra Aïssa Ibn Salama (m. 1456) et Mohammed al-Tanassi (m. 1494). Le rayonnement d’at-Thaâlibî dépassa les limites de son pays, puisque il eut plusieurs disciples non-algériens parmi lesquels les marocains Ibn al-Muallim et al-Bakri (m. 1487), et l’historien et grammairien égyptien Abdulbasit al-Maltî (m. 1514).

Ci-joint de succinctes biographies de ces disciples d’at-Thaâlibî pour lesquels l’association Sidi Abderrahmane œuvre à pérenniser la mémoire :

Mohammed Ibn Abdulkarim al-Maghîlî :

Né à Tlemcen en 1425 où il apprit le Coran, étudia la Sunna et s’initia au droit musulman et à la science politique islamique, al-Maghîlî alla s’installer au désert algérien. Il y joua un rôle très important dans l’islamisation des communautés locales puis dans la conversion des princes d’Afrique Noire. Il se rendit également célèbre par sa participation aux batailles contre, entre autres, les tribus juives d’Adrar. On lui attribue plusieurs traités dont une Interprétation du bréviaire de Khalil (Sharh mukhtasar Khalîl), Le flambeau des âmes et les fondements de la réussite dans la foi (Misbâh al-arwâh wa usûl al-falâh fî al-‘aqîda), L’intellect de l’intellect pour rendre la pensée vers le vrai (Lubb al-lubâb fî radd al-fikr ilâ al-sawâb), Les inspirations du Bienfaisant (Minah al-Wahhâb), Résumé des successions (Mukhtasar fî al-farâ’id), L’Exégèse de la Fatiha (Tafsîr al-Fâtiha). C’est ce même al-Maghîlî qui épousa Fatima, la fille du Cheikh at-Thaâlibî. Il décéda à la ville d’Adrar en 1503.

Abû Abbas Ahmed Ibn Abdullah al-Zwâwî :

Il est originaire de la tribu berbère des Zwawa où il naquit en 1398. Théologien et juriste malékite, il fut l’un des plus grands savants maghrébins. Sa renommée devint telle qu’il fut surnommé « L’égal de Sidi Abderrahmane » (Nazîr Sidi Abderrahmane at-Thaâlibî). On ne récence de son œuvres qu’un long poème de théologie composé de 400 vers et intitulé « le Suffisant de l’aspirant » (Kifâyat al-murîd) ou « L’Algérienne dans la confession de foi » (Al-djazâ’iryya fî al-‘aqâ’id al-imâniyya). L’imam Mohammed Ibn Yusuf al-Sunûsî (m. 1489) dédié un long commentaire à ce poème. L’imam al-zwâwî décéda dans les hauteurs d’Alger en 1479.

Ahmed al-Bunusî Ibn Zarrouq :

Né à la ville marocaine de Taza en 1442 et décédé dans le désert libyen en 1493, Cheikh Ibn Zarrouq s’initia auprès de plusieurs maîtres maghrébins avant de rejoindre at-Thaâlibî. C’est durant son long périple en Egypte qu’il s’initia au soufisme avant de devenir le plus grand maître soufi de son époque (al-ghawt). A l’exception de son Exégèse de l’Immense Coran (Tafsîr al-qor’ân al-‘azîm) et de son Commentaire de l’Epitre d’Abî Zayd (Charh risâlat Abî Zayd), la plupart de ses ouvrages portent sur le thème de la mystique; on en citera Les règles du soufisme (Qawâ‘id al-tasawwuf), Trente six commentaires des sagesses d’Ibn ‘Ata Allah (Sitt wa thalâthûn sharh), Conseil suffisant pour celui qu’Allah  a accordé la quiétude (Al nasîha al-kafiyya liman khassahu Allah bî al-‘âfiyya), et le Commentaire de la Grande prière de l’imam al-Châdhulî (Charh al-hizb al-kabîr).

Mohammed Ben Yousef al-Sunûsî :

Il est né à Tlemcen en 1428 au sein d’une noble famille dont la généalogie remonte à l’imam al-Hasan Ibn Ali. Il s’initia tôt aux sciences religieuses auprès des savants du Maghreb avant de devenir lui-même l’un de ses plus illustres théologiens. Il est décédé à Tlemcen en 1490. Parmi ses ouvrages les plus connus, La grande doctrine (al-‘Aqîda al-kubrâ), Le moyenne doctrine (al-‘Aqîda al-wustâ), La Mère des démosntrations (Umm al-barâhîn), L’unicité des gens de la connaissance et l’unicité d’Allah par la démonstration et l’argumentation (Tawhîd ahl al-‘irfân wa tawhîd Allah bî al-dalîl wa al-burhân), Les Prolégomènes (al-Muqaddimât), Le complément du complément (Ikmâl al-ikmâl), Le Résumé de la conformité des droits d’Allah (Ikhtisâr kitâb al-ri‘âya li huqûq Allah), le Résumé du Livre de la Finalité du cheminant (Ikhtisâr kitâb bughyat al-sâlik), et le Commentaire du bréviaire d’Ibn ‘Urfa (Charh mukhtasir Ibn ‘Urfa).

Mohammed Ibn Marzûq al-Kafîf 

Né à Tlemcen en 1421 et décédé dans la même ville en 1486, il fut l’un des plus grands juristes maghrébins du Moyen Âge. Il fut autorisé à émettre des fatwas (idjâza) par le célèbre imam et traditionaliste d’Orient Ibn Hadjar al-‘Askalânî (m. 1448). Al-Wancharîsî le décrivait comme le plus « grand théologien, traditionaliste et chroniqueurs de son époque ».

‘Aïsa Ibn Salâma al-Biskirî :

Originaire de la ville de Biskra, il eut Ibn Marzûq comme professeur avant de rejoindre à Alger l’imam at-Thaâlibî. Parmi ses plus célèbres ouvrages, on peut citer La conquête du Maghreb (Fath al-maghrib), un traité hagiographique dédié à la mémoire des saints maghrébins, et les Eclairs et les secrets dans les bienfaits du Coran et des Récits (al-Lawâmi‘ wa al-asrâr fî manâfi‘ al-qor’ân wa al-akhbar). Il est décédé à peu près en l’an 1456, soit bien avant son maître Sidi Abderrahmane.

Mohammed Ibn Abdullah al-Tenessi :

Reconnu comme l’un des plus grands historiens et linguistes de Tlemcen, il est originaire de la ville de Ténès. Parmi ses ouvrages les plus connus, La compilation dans la mise en valeur de la noblesse de Beni Zyyân et de leurs ancêtres parmi les rois (Nuzm al-durar wa al-‘iqyân fî bayân charaf benî ziyyân wa man malaka min aslâfihim), Le repos des âmes dans les sentences d’Abû Hammou (râh al-arwâh fîmâ qâlahu Abû Hammou), et le Lexique (al-fahrast) ou biographie des ses maîtres. Il est décédé à Tlemcen en 1494.

Ali Ibn ‘Iyyâd Abubaker al-Bakrî :

Il est né à Fès en 1426 où il apprit le Coran et le droit malékite auprès d’Abû Baker al-Dakhîsî. Il prit la route d’Alger où il se fit disciple d’at-Thaâlibî puis il se rendit l’Egypte où il fut autorisé à émettre des avis juridiques par al-Sakhâwî (m. 1496). Il résida quelques temps à la Mecque en compagnie du Cheikh Ibn Mu‘tî. Il revint à sa ville natale pour en devenir le grand mufti jusqu’à sa mort en 1487.

Ya‘qûb Ibn Abderrahmane Ibn al-Muallim :

Il naquit à Fès en 1422. Initié au droit malékite, il vint à Alger pour résider un certain temps à l’école d’at-Thaâlibî. Il sera désigné quelques années plus tard cadi de la ville de Téza puis de Fès. C’est sur le chemin du retour d’un long voyage au Caire, à Alexandrie, à Damas puis à la Mecque qu’il décéda lorsque l’embarcation qui le transportait chavira.

Abdulbasat Ibn Chahine al-Malattî :

Né à la ville égyptienne de Maltia en 1140, il immigra à Damas pour étudier le droit hanafite, la littérature arabe, l’histoire et la médecine avant de venir s’installer au Caire. Il devint célèbre par son long voyage en Afrique et au Maghreb où il fit la rencontre de Sidi Abderrahmane et demeura un certain temps en sa compagnie. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont La Grande chronique (al-Târîkh al-kabîr) ou Jardin parfumé dans les évènements de la vie et des chroniques (al-Rawd al-bâsim fi hawâdith al-‘umr wa al-tarâdjim), Parvenir à l’espérance dans la robe des Etats (Nayl al-amal fî dhayl al-duwal), la Finalité dans la vie du Prophète (Ghâyat al-sûl fî sîrat al-rasûl) et La chronique des sultans d’Egypte (Nuzhat al-asâtîn fîman waliyya Misr min al-salâtîn). Il est décédé au Caire en 1514.