Le mausolée

Le mausolée de Sidi Abderrahmane se situe aux hauteurs de la Casbah d’Alger, plus exactement au 40 rue Mohammed Ben Chennab. Celui-ci est mitoyen à un petit cimetière du côté Sud ; sur le versant Nord se trouve l’école Thaâlibyya servant aujourd’hui d’administration à l’Office national d’enseignement et de formation à distance (Onefd) du Ministère de l’Education nationale. On peut lire sur le haut de la porte d’entrée du mausolée une première date indiquant la fin des travaux à l’an 1108 de l’Hégire (1696 de l’ère chrétienne), et une seconde date mentionnant l’année 1141h. / 1730 ; on peut supposer que la première date correspond à l’ordre du Bey Hadj Ahmed al-‘Atachî (m. 1698) de bâtir le maqam, puisqu’on lui attribue d’avoir surélevé la mosquée et de l’avoir dotée d’un mihrab et d’une salle de prière, et cela près de deux siècles après le décès d’at-Thaâlibî et la construction par ses disciples du premier dôme (1474). La seconde date correspondrait alors à l’ordre du Dey Abdî Bacha (m. 1732) d’y entamer des travaux de restauration. Le mausolée se compose d’un minaret, d’un étage supérieur avec deux chambres, et d’un étage inférieur comprenant deux autres salles ; ajoutons à cela la grande salle de prière au milieu de laquelle se trouve le tombeau du Cheikh. Le tombeau est recouvert d’un linceul en bois et de deux draps verts. Plusieurs personnalités de l’histoire algérienne reposent aux côtés d’at-Thaâlibî, la plus célèbre d’entre elles est sans doute le Sayyid Khadar Bacha qui gouverna Alger entre 1592 et 1606, le Dey Ali Khoudja (m. 1818) et le Dey Ahmed Bey (m. 1837). Sans oublier les mausolées de certains saints comme celui de Lalla Aïcha, la fille de Sidi Abderrahmane, auprès de laquelle se rendent les femmes accompagnés de leurs nouveaux nés, le tombeau du grand guerrier Sidi Dada (m. 1554) auquel le récit populaire attribue le mérite d’avoir, en secouant la mer avec son bâton, provoqué une tempête qui détruisit plus de 500 bateaux de la flotte du roi catholique d’Espagne Chales Quint (m. 1553) lorsqu’il voulut s’emparer son d’Alger en 1541, et enfin le tombeau de Sidi Mansour Ben Salim (m. 1644) que les autorités coloniales ont déplacé en 1845 de Beb Azzoun vers le mausolée de Sidi Abderrahmane. Le mausolée de Sidi Abderrahmane fait depuis plus de six siècles l’objet de visites ininterrompues des différentes villes du pays voire même d’au-delà. Bien évidemment, le vendredi demeure le jour qui reçoit le plus de visiteurs. Nonobstant ces visites qui ne s’arrêtent pas tout au long de l’année, le mausolée est aussi devenu célèbre à Alger par les Mawlûdiyyat, c’est-à-dire ces journées de célébration de la naissance du Prophète (s.p.l). La coutume de la célébration du Mawlid au mausolée de Sidi Abderrahmane remonterait au XVIIe siècle à l’initiative des muftis d’Alger qui décidèrent de s’y réunir pour réciter le Coran et les chants religieux. Les Mawlûdiyyat ont sans doute contribué à faire d’at-Thaâlibî un référent identitaire de la ville d’Alger dont les habitants reconnaissent volontiers leur filiation symbolique à ce saint homme qu’ils considèrent comme l’un des fondateurs de leur ville : ne surnomme-t-on pas les Algérois Les enfants de Sidi Abderrahmane ? Il convient également de noter que l’influence spirituelle de Sidi Abderrahmane ne s’est pas arrêtée avec ses coreligionnaires ; elle a comme par miracle détint sur plusieurs personnalités occidentales à avoir témoigné d’un grand engouement pour son mausolée ; on citera pour mémoire la reine d’Angleterre Victoria (m. 1901) qui fit don à l’occasion de la visitez de son fils Edouard VII (m. 1910) et de son épouse alexandra (m. 1925) au mausolée du lustre se trouvant au milieu de la salle de prière; il en va de même pour le roi de Suède Oscar Ier (m. 1851), de la reine de Portugal Emilie (m. 1951) et du Président Français Alexandre Millerand (m. 1943) qui profitèrent tous de leur venue à Alger pour visiter le tombeau d’at-Thaâlibî. Aura témoigné d’un intérêt plus manifeste pour le mausolée de Sidi Abderrahmane le peintre français Paul Lory (m. 1942) qui passait des heures entières à représenter sa mosquée, l’essayiste Eugen Flomentin (m. 1876) qui voyait en le mausolée « le dernier refuge de la vie arabe », ou encore l’écrivaine et mystique Isabelle Ethelbert qui le décrivait comme « le plus bel endroit d’Alger pour celui qui cherche la paix. »

Photos du mausolée

Photos de la médersa at-Thaâlibyya